Que signifie être allemande dans une petite ville danoise, quelques années après la fin de la seconde guerre
mondiale ? Que ressent-on quand on se fait traiter de «cochon d'Allemand» à chaque récréation ? Quand on est témoin de l'ostracisme permanent à l'égard de sa mère ? Pour avoir été ce «cochon
d'Allemand» à Nykobing Falster où il est né en 1960, KNUD ROMER le sait. À partir de ses souvenirs, il compose un récit déchirant sur l'enfance réduite malgré elle à se fondre dans un
conformisme de survie. En évoquant sa famille, l'auteur dresse une galerie de portraits pathétiques et nous fait remonter dans le temps : le roman autobiographique se transforme en une fresque
historique, celle du Danemark et de l'Allemagne au cours du XXe siècle. Titre original danois
Den som blinker er bange for døden
Je ne sais pas ce que signifie le titre danois ; je trouve le titre "Cochon d'Allemand" réducteur quant à tout ce
que raconte le livre...
Knud Romer commence ainsi son histoire :
J'ai toujours eu peur de mon grand-père. Pour moi, il était «Papa Schneider». J'ignorais aussi bien son vrai nom que son prénom, ce qui, du reste, n'avait aucune
importance, car il ne me serait jamais venu à l'esprit de l'appeler par son prénom. Il n'était pas du genre à encourager la familiarité.
Papa Schneider avait un visage balafré : des kilomètres de cicatrices, uniquement sur la joue gauche. Des souvenirs du siècle passé, il faisait alors partie de quelque Schlägerverein, cercle de
bagarreurs. Ces gens-là mettaient leur point d'honneur à se taillader mutuellement la face avec un sabre - debout, sans sourciller, le bras gauche replié derrière le dos.
Il avait des cheveux poivre et sel coiffés en arrière et des tempes dégarnies ; le seul fait de rencontrer son regard équivalait à une provocation : Sie haben mich fixiert, mein Herr, vous osez
me dévisager, monsieur ! Ce regard était à sens unique, toujours dirigé vers l'extérieur ; je me demande si jamais quelqu'un parvint à le soutenir. Hormis ma grand-mère. Elle réussissait cet
exploit : regarder Papa Schneider dans les yeux (ma mère en était incapable). L'unique personne à pouvoir le faire, elle était son point faible caché ; partout ailleurs il était cuirassé.
Dans la maison de mes parents, il régnait en souverain depuis le tableau qui ornait la salle à manger. Une scène forestière dans un cadre doré. Assis dans l'herbe au milieu d'une clairière, Papa
Schneider regardait droit devant lui, un livre à la main ; à ses côtés, on voyait ma grand-mère, un bébé dans ses bras, et ma mère, très jeune, tenant Bello, leur chien de chasse. Le livre,
l'enfant, le chien - les rôles se trouvaient ainsi distribués : Papa Schneider représentait l'esprit et la culture ; sa femme, la procréation ; les enfants, plus proches de la nature, tout comme
les chiens, avaient, comme eux, besoin d'être dressés.
"Cochon d'Allemand" de Knud romer est édité par Les Allusifs.
J'avais mis "Garvey's Ghost" de Max Roach sur http://cristophencore.muxtape.com/
mais, je ne sais pourquoi, Muxtape diffusait cacateusement le morceau ; le voici donc ici :
T'aimer à nouveauest une chanson inédite que Travis Bürki a offerte
récemment sur son blog. Enregistrée en 2003, cette chanson était restée "dans les cartons". Travis Bürki écrit :
" Comment expliquer qu’une fois enregistrée, elle ne fut pas retenue pour l’album définitif ?
La raison principale est qu’elle tranche littéralement avec le reste de l’album. La seconde raison est que même si j’avais réussi à l’enregistrer je n’ai jamais pu l’interpréter correctement en
concert. Peut-être trop réaliste, trop premier degré, mélodieusement trop ample, trop variété… "
Y eut-il un temps où les danseurs et leurs violons
Dans les cirques d'enfants pouvaient calmer leurs chagrins ?
Il y eut un temps où ils pouvaient pleurer sur les livres
Mais le temps leur a lancé son asticot aux trousses.
Sous l'arc du ciel ils sont en danger.
Mieux vaut ne jamais savoir de quoi la vie est faite.
Sous les présages du ciel, ceux qui n'ont pas de bras
Ont seuls les mains propres, et, comme l'âme sans coeur
Est seule indemne, c'est l'aveugle qui voit le mieux.
Dylan Thomas
extrait du recueil "Ce monde est mon partage et celui du démon"
aux éditions Points, 142 pages, 6€50
Yvan Salomone peint des aquarelles. Une trentaine est exposée jusqu'au 25 juillet à Paris, galerie Xippas, 108 rue Vieille-du-temple. Entrée
et sortie gratuites.
Le Réseau Éducation Sans Frontières a rejeté l'invitation du ministre qui souhaitait le
rencontrer à la veille de la présidence française de l'Union Européenne. Le RESF s'en justifie dans une lettre.
Monsieur le ministre,
Vous avez souhaité rencontrer des représentants du Réseau Éducation Sans Frontières avant la présidence française de l'Union européenne. Dans le contexte actuel, une telle entrevue nous semble
inutile. Nous ne répondrons pas à votre invitation.
Malgré les fortes réticences de certains d'entre nous, dues entre autres à l 'intitulé de votre ministère, nous avions accepté d'être reçus l'an dernier pour ne pas condamner votre politique
avant que vous l'ayez officiellement énoncée.
Depuis lors vous avez fait vos preuves, au-delà de tout ce qu'on pouvait redouter.
Vous avez fait voter une loi destinée à empêcher les parents et les enfants de vivre ensemble et jetant l'opprobre sur une immigration dont votre texte insinue, par son existence même, qu'elle
serait trop prolifique et aux filiations si douteuses qu'il faudrait recourir aux tests ADN pour les établir - pratique jusqu'alors réservée aux affaires criminelles.
Vous avez assigné à vos services l'objectif de 25 000 expulsions en 2007, 26 000 en 2008, 28 000 en 2009, précisant à l'unité près, les quotas dus par chaque préfecture, comme s'il s'agissait de
fret. Que n'exprimez-vous vos objectifs en têtes ou en quintaux ?
Une expulsion est un cataclysme. C'est tout à la fois une arrestation inopinée, un emprisonnement, la privation de son logement, un licenciement minute, la spoliation de la totalité de ses biens,
parfois la séparation brutale d'avec son conjoint et ses enfants, la dislocation de tout lien avec son milieu et ses amis et une reconduite contrainte, éventuellement assortie de violences. C'est
une humiliation totale dont on ne se remet pas. Le pays dans lequel on avait placé son espoir d'une existence nouvelle, qu'on avait parfois bataillé des années pour rejoindre, vous rejette, vous
expulse et vous dépose comme un déchet, sans bagage, sur un tarmac où personne ne vous attend. Même quand les expulsés ont des proches au pays, il arrive que la honte les empêche de les rejoindre
: celui qui faisait vivre toute une famille est devenu une charge. Nombre d'expulsés finissent désespérés, désocialisés, à la rue, mendiants, fous ou suicidés.
Ces ravages ne sont ni des accidents, ni des faux frais de votre politique. Ils sont son essence même. Définissant le rôle de votre ministère dans une lettre aux évêques de France, vous assuriez
: « Il faut […] adresser un message clair aux candidats à l'émigration, en leur démontrant que la clandestinité est une voie sans issue ». Comment faire cette démonstration ? Toute l'histoire en
témoigne, les seuls « messages clairs » susceptibles de faire fuir une population de là où elle est établie ou de l'empêcher de se rendre là où elle espère un avenir sont la violence et la
terreur. La société française n'est aujourd'hui pas prête à accepter le recours à la violence ouverte. Heureusement. Mais la longue liste des situations choquantes de brutalité engendrées par
votre politique témoigne du risque d'une dérive. Quelques exemples, en quelques mois, à Paris. 20 janvier 2008, Sena, 9 ans, passait 24h, seul, enfermé chez lui, terrorisé. Son père sans papiers
était en garde à vue au commissariat du 10e. 8 février, Osman, 2 ans et demi était seul pendant 3 jours, son père en rétention à Vincennes, sa mère à l'hôpital en train d'accoucher.
4 mars, Cécile, 6 ans et Sylvie, 5 ans, étaient seules, leurs parents en garde à vue au commissariat du 20e… Mars, Jennifer, 2 ans et Yasmina, 2 mois et demi, seules pendant 15 jours, leurs
parents en rétention, lui à Vincennes, elle à Cité… 27 mai 2008, Jeanne, 2 ans seule, son père en rétention à Vincennes, sa mère alors au Sénégal… A chaque fois, la police était informée que les
enfants étaient seuls. A chaque fois, des parents, amis, militants du RESF ont veillé à la sécurité des enfants ; Samir, 19 ans, élève du LP de Villeneuve sur Lot expulsé moins de 24 heures après
son arrestation sur une convocation piège. Des arrestations au domicile de familles entières. 240 enfants en rétention en 2007. Yvan, Tchétchène de 12 ans, rendu invalide après être passé par la
fenêtre à Amiens en août 2007 pour n'avoir pas affaire à la police française. Chunlan Zhang tuée à Belleville dans les mêmes circonstances. John Maïna, 19 ans, suicidé en février 2008 en
apprenant que l'asile lui était refusé, Baba Traoré, 29 ans, noyé dans la Marne en avril 2008 pour échapper à un contrôle de police. Ces morts, ces drames, ces automutilations, ce désespoir
qu'engendre votre action ne vous hantent-ils pas ? Etes-vous fier d'imposer de telles missions à vos services ?
Il vous arrive d'en dire peut-être plus que vous ne le souhaiteriez. C'est ainsi que vous déclariez dans Le Figaro du 25 avril 2008 : « Si mon souci est de répondre aux besoins des secteurs en
pénurie de main d'oeuvre, j'ai aussi le devoir d'accompagner l'ensemble de la communauté nationale vers l'emploi. […] Dois-je laisser sur le bord de la route des étrangers qui ont fait l'effort
d'entrer légalement sur le territoire, de satisfaire le parcours d'intégration ? Faut-il sacrifier leurs enfants nés ici ? […]. Discours stupéfiant. Est-ce à dire qu'il y aurait des emplois «
réservés » ? Occupés par des sans papiers aujourd'hui, ils seraient « offerts » aux immigrés en situation régulière ou à « leurs enfants nés ici », c'est-à-dire Français pour la plupart mais
n'ayant pas la tête à l'être assez pour qu'on ne leur propose pas les emplois dévolus aux immigrés. Jusqu'à combien de générations ? A trop finasser on s'expose à laisser échapper une sottise …
ou le fond de sa pensée ? Il serait utile que vous vous expliquiez clairement et le cas échéant, vous corrigiez ces propos.
La directive « retour » que vous avez adoptée avec vos collègues de l'Union européenne place les étrangers sans papiers dans des conditions proches de celle de l'état de siège : jusqu'à dix-huit
mois d'internement pour le seul fait d'avoir franchi des frontières et de vouloir vivre en Europe ; rétention et expulsion de mineurs et de personnes vulnérables (femmes enceintes, personnes
âgées, victimes de torture...) ; possibilité d'expulser des personnes vers un pays de transit, même en l'absence de lien avec ce pays ; interdiction de retour sur le territoire européen pour une
durée de cinq ans de ceux ayant été expulsés ; absence d'obligation de fournir un titre de séjour aux étrangers souffrant de maladies graves ; application aux mineurs isolés de l'ensemble de ces
mesures.
Les objectifs que vous dites vouloir assigner à la présidence française (interdiction des régularisations, renforcement des actions policières, discours sur l'aide au développement, identiques
depuis 1970) sont dangereux et, de plus, inefficaces.
Selon les chiffres de votre ministère, de 200 à 400 000 étrangers sans papiers vivent en France. Il vous faudrait de 8 à 16 ans pour les expulser tous, au rythme de 25 000 par an, à supposer
qu'il n'y ait ni naissance, ni entrée nouvelle.
L'action du RESF depuis quatre ans a contribué à mettre en évidence une évolution profonde de la société française, l'acceptation de ce qu'elle est, une société diversifiée du point de vue de ses
origines.
Le courant auquel vous vous rattachez prétend par calcul politicien enrayer cette tendance de fond. A cette fin, il recourt à des moyens attentatoires aux droits de l'Homme et à la dignité. Nous
sommes convaincus que si d'aventure un manuel d'histoire consacre un jour quelques lignes à votre action, elles ne vous feront pas honneur.
Ajoutons, pour finir que rien dans vos récentes déclarations ne laisse augurer un changement de votre politique ni même l'ouverture d'un dialogue dont la seule fonction à vos yeux semble être une
opération de communication en prélude à la présidence française de l'Union européenne.
Ces raisons, entre autres, nous font décliner votre proposition d'audience.
Nous vous prions, Monsieur le ministre, d'agréer l'expression de la considération que mérite votre politique.
Pour le Réseau Éducation Sans Frontières
Richard Moyon
Si en voulant mirer les vidéos, il s'affiche "We're sorry, this video is no longer available", clique ailleurs que sur la vidéo puis
presse la touche F5.
"Guarda che luna", chantée en 1959 par son créateur, Fred Buscaglione :
( Si cette vidéo ne veut vraiment pas fonctionner, on peut tenter de ouïrFred
Buscaglione là-bas. C'est moins bien mais bon...
)
"Guarda che luna", chantée en 2007 par Ferruccio Spinetti et Petra Magoni dans leur duo "Musica Nuda" :
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