"Vivons heureux en attendant la mort", Pierre Desproges
"La vie, c'est merveilleux, bien sûr quand c'est vivable", Bernard Dimey

3    là à m'aimer. Enfin je l'espère...  d:-)
Jeudi 19 janvier 2006

« Je me contente de faire un film comique sur notre époque. On construit des aérodromes, des autoroutes, des bâtiments énormes; il faut donc penser à des effets comiques dans cette sorte de décor. Du verre, rien que du verre ! Nous appartenons à une civilisation qui éprouve le besoin de se mettre en vitrine.
Toutefois, il faut voir clairement deux aspects du problème : être contre les grandes baies vitrées qui laissent largement entrer le soleil, les hôpitaux mieux installés, les écoles bien équipées, les stades, etc. serait absurde. Non, je suis contre un mode de vie, une certaine uniformité stérilisante, que ce soit dans la pensée ou dans l'architecture.
Si des gens qui se rendent à Orly, par exemple, et qui empruntent à cet effet l'autoroute, retrouvent dans ce décor des images de mon film, et se prennent à sourire, alors, j'aurais fait ce que j'avais à faire et ma "mission" s'arrête là : mettre de l'humour dans un décor qui n'en a guère. »

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Jeudi 19 janvier 2006

Maintenant que je suis loin,
Que le visage des hommes
S'efface, que je ne puis
plus rien sentir ni toucher;

Maintenant que les navires
Eux-mêmes n'ont plus de noms,
Je sais bien ce qui me reste
Et qui fait que je tiens.

C'est une fenêtre ouverte
D'où l'on peut en se penchant,
Ou sur le dos de la main
Avoir le goût de cet air,
Qui pèse aux bascules du soir.

Un air à la fois moite et rude
Que les hommes revenus
Font circuler dans la ville,
Quelque chose qui prend le cœur
Après une forte journée.

Laisse-moi, je te regarde;
Dix mille milles marins
Me séparent de tes feux,
Mais ils brûlent clairs en moi
Comme au soir de mon départ.

Tu ne peux pas empêcher
Qu'en moi je te sente battre,
O ville tumultueuse
O ma mère et mon enfant.

Laisse-moi, je te regarde
Avec mes yeux agrandis,
Bien assise sur le monde.

***

Un soir je remontais un dur courant de foule,
Un fleuve épais de chair où flottaient des visages,
Je ne comprenais pas tous les mots au passage
C'était dans une rue de cette ville australe.

Je connaissais pourtant le sens de cette marche,
Je savais que chacun emportait dans ses mains
Assez de chaleur pour retrouver un ami;
Et je n'arrivais pas à me croire étranger.

***

C'est toi qui m'a préparé
A la tendresse des mondes;
C'est toi qui m'a rudoyé
Sur tes quais et dans tes bars;

C'est toi qui m'a délivré
La règle du jeu des hommes;
C'est toi qui m'a laissé voir
Comment on parle à chacun.

Regarde, j'ai chassé le résidu des classes,
Tout ce que j'ai appris est encore dans tes rues;
Ecoute maintenant les mots bruts que suscite
Le goût de l'air du soir que j'ai gardé de toi.

Je le sais, ma voix se perd
Dans le fracas de tes môles
Où les treuils lâchés remontent
Des milliers de mâts de charge;

Je sais, tu n'entendras pas
Ma voix mêlée aux sirènes,
Aux chutes à fond de cale,
Parmi tant de bruits de fer.

Mais je veux qu'un chant obstiné
Plus sourd encore et plus tenace
Perce à la longue ton oreille
Comme domine le tumulte
Un cri d'enfant sur le pavé.

 

 

Louis Brauquier

introduction du recueil

Eau douce pour navires

Sydney 1927-1930

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Jeudi 19 janvier 2006

" Ces gens-là ont établi beaucoup de règles que les riches peuvent briser, mais non les pauvres. Ils  prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. Ils revendiquent notre mère à tous, la Terre, pour leur propre usage et se barricadent contre leurs voisins; ils la défigurent avec leurs constructions et leurs ordures... "


Sitting Bull, chef sioux, en 1875.

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Jeudi 19 janvier 2006

« Le geai gélatineux geignait dans le jasmin »
Voici, mes zinfints
Sans en avoir l’air
Le plus beau vers
De la langue française.

Ai, eu, ai, in
Le geai gélatineux geignait dans le jasmin…

Le poite aurait pu dire
Tout à son aise :
« Le geai volumineux picorait des pois fins »
Eh bien ! non, mes zinfints.
Le poite qui a du génie
Jusque dans son délire
D’une main moite
A écrit :

« C’était l’heure divine où, sous le ciel gamin,
LE GEAI GÉLATINEUX GEIGNAIT DANS LE JASMIN. »

Gé, gé, gé, les gé expirent dans le ji.
Là, le geai est agi
Par le génie du poite
Du poite qui s’identifie
À l’oiseau sorti de son nid
Sorti de sa ouate.

Quel galop !
Quel train dans le soupir !
Quel élan souterrain !
 
Quand vous serez grinds
Mes zinfints
Et que vous aurez une petite amie anglaise
Vous pourrez murmurer
À son oreille dénaturée
Ce vers, le plus beau de la langue française
Et qui vient tout droit du gallo-romain :

« Le geai gélatineux geignait dans le jasmin »

admirez comme
voyelles et consonnes sont étroitement liées
les zunes zappuyant les zuns de leurs zailes.
Admirez aussi, mes zinfints,
Ces gé à vif
Ces gé sans fin
Tous ces gé zingénus qui sonnent comme un glas :
Le geai géla… « Blaise ! Trois heures de retenue.
Motif :
Tape le rythme avec son soulier froid
Sur la tête nue de son voisin.
Me copierez cent fois :
Le geai gélatineux geignait dans le jasmin. »

 

René de Obaldia
extrait du recueil  « Innocentines »

 

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Jeudi 19 janvier 2006

 « Personne plus que moi, messieurs, n'est pénétré de la nécessité, de l'urgente nécessité d'alléger le budget; seulement à mon avis, le remède de l'embarras de nos finances n'est pas dans quelques économies chétives et détestables; ce remède serait, selon moi, plus haut et ailleurs; il serait dans une politique intelligente et rassurante, qui donnerait confiance à la France, qui ferait renaître l'ordre, le travail et le crédit et qui permettrait de diminuer, de supprimer même les énormes dépenses spéciales qui résultent des embarras de la situation. C'est là, messieurs, la véritable surcharge du budget, surcharge qui, si elle se prolongeait et s'aggravait encore, et si vous n'y preniez garde, pourrait, dans un temps donné, faire crouler l'édifice social. J'ai déjà voté et continuerai de voter la plupart des réductions proposées, à l'exception de celles qui me paraîtraient tarir les sources même de la vie publique et de celles qui, à côté d'une amélioration financière douteuse, me présenteraient une faute politique certaine. C'est dans cette dernière catégorie que je range les réductions proposées par le comité des finances sur ce que j'appellerai le budget spécial  des lettres, des sciences et des arts. Je dis, messieurs, que les réductions proposées sur le budget spécial des sciences, des lettres et des arts, sont mauvaises doublement. Elles sont insignifiantes au point de vue financier et nuisibles à tous les autres points de vue. Insignifiantes au point de vue financier, cela est d'une telle évidence, que c'est à peine si j'ose mettre sous les yeux de l'assemblée le résultat d'un calcul de proportion que j'ai fait. Je ne voudrais pas éveiller le rire de l'assemblée dans une question sérieuse; cependant, il m'est impossible de ne pas lui soumettre une comparaison bien triviale, bien vulgaire, mais qui a le mérite d'éclairer la question et de la rendre pour ainsi dire visible et palpable. Que penseriez-vous, messieurs, d'un particulier qui aurait 1500 francs de revenus, qui consacrerait tous les ans à sa culture intellectuelle, pour les sciences, les lettres et les arts, une somme bien modeste : 5 francs, et qui, dans un jour de réforme, voudrait économiser sur son intelligence six sous ? Voilà, messieurs, la mesure exacte de l'économie proposée. Eh bien ! ce que vous ne conseilleriez pas à un particulier, au dernier des habitants d'un pays civilisé, on ose le conseiller à la France. Je viens de vous montrer à quel point l'économie serait petite; je vais vous montrer maintenant combien le ravage serait grand. Ce système d'économies ébranle d'un seul coup tout net cet ensemble d'institutions civilisatrices qui est, pour ainsi dire, la base du développement de la pensée française. Et quel moment choisit-on ? C'est ici, à mon sens, la faute politique grave que je vous signalais en commençant : quel moment choisit-on pour mettre en question toutes les institutions à la fois ? le moment où elles sont plus nécessaires que jamais, le moment où, loin de les restreindre, il faudrait les étendre et les élargir. Eh ! quel est, en effet, j'en appelle à vos consciences, j'en appelle à vos sentiments à tous, quel est le grand péril de la situation actuelle ? L'ignorance. L'ignorance encore plus que la misère. L'ignorance qui nous déborde, qui nous assiège, qui nous investit de toutes parts. C'est à la faveur de l'ignorance que certaines doctrines fatales passent de l'esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau des multitudes. Et c'est dans un pareil moment, devant un pareil danger, qu'on songerait à attaquer, à mutiler, à ébranler toutes ces institutions qui ont pour but spécial de poursuivre, de combattre, de détruire l'ignorance ! Sur ce point j'en appelle, et je le répète, aux sentiments de l'assemblée. Quoi ! d'un côté la barbarie dans la rue, et de l'autre, le vandalisme dans le gouvernement ! Messieurs, il n'y a pas que la prudence matérielle au monde, il y a autre chose que ce que j'appellerai la prudence brutale. Les précautions grossières, les moyens de police ne sont pas, Dieu merci, le dernier mot des sociétés civilisées. On pourvoit à l'éclairage des villes, on allume tous les soirs, et on fait très bien, des réverbères dans les carrefours, dans les places publiques; quand donc comprendra-t-on que la nuit peut se faire aussi dans le monde moral et qu'il faut allumer des flambeaux dans les esprits ? Oui, messieurs, j'y insiste. Un mal moral, un mal moral profond nous travaille et nous tourmente.  Ce mal moral, cela est étrange à dire, n'est autre chose que l'excès des tendances matérielles. Et bien, comment combattre le développement des tendances matérielles ? par le développement des tendances intellectuelles; il faut ôter au corps et donner à l'âme. Quand je dis : il faut ôter au corps et donner à l'âme, Vous ne vous méprenez pas sur mon sentiment. Vous me comprenez tous; je souhaite passionnément, comme chacun de vous, l'amélioration du sort matériel des classes souffrantes; c'est là selon moi, le grand, l'excellent progrès auquel nous devons tous tendre de tous nos vœux comme homme et de tous nos efforts comme législateurs. Eh bien la grande erreur de notre temps, ça a été de pencher, je dis plus, de courber l'esprit des hommes vers la recherche du bien être intellectuel. Il importe, messieurs, de remédier au mal; il faut redresser pour ainsi dire l'esprit de l'homme; il faut, et c'est la grande mission, la mission spéciale du ministère de l'instruction publique, il faut relever l'esprit de l'homme, le tourner vers la conscience, vers le beau, le juste et le vrai, le désintéressé et le grand. C'est là, et seulement là, que vous trouverez la paix de l'homme avec lui-même et par conséquent la paix de l'homme avec la société. Pour arriver à ce but, messieurs, que faudrait-il faire ? il faudrait multiplier les écoles, les chaires, les bibliothèques, les musées, les théâtres, les librairies. Il faudrait multiplier les maisons d'études pour les enfants, les maisons de lecture pour les hommes, tous les établissements, tous les asiles où l'on médite, ou l'on s'instruit, ou l'on se recueille, ou l'on apprend quelque chose, ou l'on devient meilleur; en un mot, il faudrait faire pénétrer de toutes parts la lumière dans l'esprit du peuple; car c'est par les ténèbres qu'on le perd. Ce résultat, vous l'aurez quand vous voudrez. Quand vous le voudrez, vous aurez en France un magnifique mouvement intellectuel; ce mouvement vous l'avez déjà; il ne s'agit pas de l'utiliser et de le diriger; il ne s'agit que de bien cultiver le sol. L'époque où vous êtes est une époque riche et féconde; ce ne sont pas les intelligences qui manquent, ce ne sont pas les talents, ce ne sont pas les grandes aptitudes; ce qui manque, c'est l'impulsion sympathique, c'est l'encouragement enthousiaste d'un grand gouvernement. Je voterai contre toutes les réductions que je viens de vous signaler et qui amoindriraient l'éclat utile des lettres, des arts et des sciences. Je ne dirai plus qu'un mot aux honorables auteurs du rapport. Vous êtes tombés dans une méprise regrettable; vous avez cru faire une économie d'argent, c'est une économie de gloire que vous faites. Je la repousse pour la dignité de la France, et je la repousse pour l'honneur de la  République. »

Intervention de Victor Hugo à l'Assemblée Nationale en 1848

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