Charlie Hebdo est un journal critiquable. Mais on peut y lire les chroniques du très estimable médecin urgentiste Patrick Pelloux. Voici l'une de ses chroniques.
Racket modérateur
Monsieur, il faut que nous vous gardions à l'hôpital : votre asthme se complique et vous avez une pneumopathie. " Non. Je n'ai pas les moyens d'avoir une complémentaire, je ne pourrais pas payer. Avec les pensions alimentaires de mes enfants, le loyer, les crédits et mon salaire de 2000 euros, à la fin du mois, il me reste à peine deux à trois cents euros "... A quarante-cinq ans, il n'est ni vieux, ni pauvre. Mais voilà, avec ses problèmes, le divorce, les frais, il ne lui reste pas grand-chose à la fin du mois. Nous l'avons gardé, dans notre salle commune, pendant deux jours. Il n'a rien dit. Comme il allait mieux, il est rentré chez lui. On s'est arrangé pour qu'un collègue le revoie en consultation publique.
Victorine, 98 ans, ne voulait pas venir. Mais sa fille, 72 ans, ne pouvait plus s'en occuper, sa petite-fille, 50 ans, est en province et ses petits-fils ne passent que " de temps en temps ". Après quatre jours de gastro-entérite1, la déshydratation est majeure. Nous devions la garder à l'hôpital. Victorine n'est pas du tout démente, et elle sait ce qu'un sou représente. Elle a calculé ce que coûtera son hospitalisation : au moins 58 % de son revenu minimum vieillesse (450 euros par mois). Heureusement, on a pu trouver une solution avec le service social...
On assiste à un phénomène nouveau : des malades qui ne sont pas démunis mais qui, sachant ce que l'hospitalisation leur coûtera, laissent évoluer leur maladie, arrivent aux urgences dans un état grave et refusent l'hospitalisation. Désormais, par la grâce de nos gouvernants, non seulement la maladie vous affaiblit, mais, en plus, elle vous appauvrit.
Pour les députés UMP, la vie est simple : les riches doivent rester riches car ils le méritent, les pauvres doivent devenir encore plus pauvres, car, s'ils ne sont pas riches, c'est qu'ils l'ont voulu. Tout comme les malades des urgences, qui se sont blessés ou sont tombés dans le coma exprès pour faire chuter la croissance.
En 1945, le ticket modérateur a été créé pour que les malades participent aux frais des soins. Son taux varie : 20 % à votre charge à l'hôpital, 30 % pour les consultations. Mais les coûts ont tellement évolué depuis sa création que le montant du ticket modérateur est devenu de plus en plus élevé pour les malades.
En 1982, la Sécu a commencé à creuser son trou, qui est depuis devenu un gouffre, pour la plus grande joie de ceux qui ne pensent qu'à détruire notre système de santé, et le forfait journalier fut alors inventé, pour que les malades participent " aux frais d'hébergement et d'hôtellerie ". A l'époque, on leur demandait l'équivalent de 3,05 euros par jour. Aujourd'hui, c'est 15 euros par jour, soit une hausse de 428,5 % en 24 ans ! Pour des conditions de propreté parfois douteuses, et une nourriture souvent très frugale... Et de plus en plus de suppléments sont demandés aux malades lors de leur hospitalisation (chambres individuelles, consultations privées dans les hôpitaux publics, etc.).
En janvier 2005, pour " responsabiliser les malades ", le gouvernement inventait le forfait de 1 euro par consultation. En janvier 2006, naissance d'un nouveau forfait de 18 euros, payable au-delà de 91 euros de dépenses à l'hôpital. C'est à dire, quasi systématiquement : dès les premières vingt-quatre heures d'une hospitalisation avec, par exemple, une radio du thorax, un électrocardiogramme et un bilan sanguin minimal, vous en êtes à plus de 500 euros...
Pour faire face à cette inflation des frais, nous sommes donc invités, par des publicités fleurissant un peu partout, à nous ruer sur les complémentaires santé, en particulier celles qui remboursent la margarine sans cholestérol.
Avant, on travaillait pour vivre, désormais, il nous faudra travailler pour se soigner. Et manger ? Allons, nous savons tous que la maladie coupe l'appétit.
1. En pleine épidémie de gastro, qui précède généralement de quelques semaines l'épidémie de grippe, il n'y avait plus un seul lit de disponible ces derniers jours en Ile-de-France pour hospitaliser les malades des urgences.
Patrick Pelloux, Charlie Hebdo du 11 janvier 2006.
Autre chronique : Les nouveaux monstres 2006





A propos de ce médicament-drogue qu'est le Lysanxia, on m'avait conseillé, au lieu d'avaler une pilule, d'en mettre un quart sous la langue afin que ça fasse autant d'effet, sans risque de dépendance.






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